présentations

avril 14th, 2010 Posted in | Commentaires fermés sur présentations

.

  • Ensemble | Giovanna & Henry Butty

IIII8–22 mars 2012
NIPlace Suisse des Arts, Lausanne

IIIIIDiscours lors du vernissage du 8 mars 2012 par Hubertus von Gemmingen
W
W
Mesdames, Messieurs, chers ami(e)s,

J’ai le grand plaisir de vous souhaiter la bienvenue à la Place Suisse des Arts.
Tout d’abord, j’aimerais remercier Laurence Bettens-Girod et Dragan Stefanovich de
me donner ce soir la parole pour vous présenter en quelques mots les oeuvres que
Giovanna et Henry Butty ont créées spécialement pour cette exposition.

Qui vous parle? Disons, un vieil ami qui suit depuis belle lurette le parcours artistique
des deux et qui est, de plus, auteur et traducteur dans le domaine de l’histoire de l’art.

«Ensemble», le titre désignant cette exposition, est un mot grandiloquent et modeste
à la fois. Grandiloquent lorsque les politiciens l’utilisent en brandissant le drapeau
de la solidarité pour forger des alliances oubliées le soir même de leur élection.
Grandiloquent lorsqu’il faut se battre ensemble pour le progrès, pour de meilleures
conditions de vie, pour la sauvegarde des baleines… Pour ne pas dire, ensemble nous
nous battons et divisés nous tombons.

Mais ce terme est également modeste. Pensez par exemple au beau film «Ensemble,
c’est tout» avec Aurélie Tautou toute en modestie. Modeste également lorsque deux
artistes, une femme et un homme, un couple marié, se prennent par la main pour ne
pas se perdre de vue dans les labyrinthes de la création artistique, pour ne pas perdre
la vue d’ensemble.

Depuis bientôt trois ans, lorsque Henry revient à la peinture, il y a deux artistes qui
travaillent dans leur belle maison canadienne à Ursy, une émulation constante, même
si les deux ne procèdent pas de la même façon et explorent des champs différents.
A côté de Giovanna, peintre et sculptrice de personnages essentiellement féminins,
il y a maintenant Henry, peintre de la nature sous toutes ses formes.

Les tableaux aux tons vifs de Giovanna traitent de la vie quotidienne, principalement
à travers le sujet du couple. Deux êtres se juxtaposent, se touchent, s’échangent, font
preuve d’une intimité qui les isole du reste du monde. Leurs regards appréhendent
une réalité qui transcende la surface plane de la toile.

Vêtues de gris, animées par un rythme lent, portées par des chants si doux que
nous qui vivons dans le brouhaha du présent ne les percevons guère, les gardiennes
remplissent peut-être les mêmes tâches que les antiques Pénates, Lares ou autres
Mânes qui veillent sur foyers et âtres. Il suffit de leur prêter l’oreille pour qu’elles
nous parlent, nous consolent et nous transmettent leur message ancestral.

Un tout autre son chez les dames du monde, ces êtres splendides qui nous
impressionnent par leurs robes somptueuses et leurs allures sensuelles.
En rappelant par leur forme les sphères, les astres et le cosmos, elles témoignent,
tout comme les gardiennes grises, d’une conception matriarcale de la société, qui
met la femme et la mère au centre de la vie. La mère? Eh oui, parce que depuis peu,
les dames du monde ont des filles pour les assister et perpétuer l’accomplissement
de leurs tâches.

Les peintures récentes d’Henry demandent une toute autre approche basée sur
la contemplation, une perception patiente qui nous mène dans un univers sylvicole
où chaque arbre n’en cache pas seulement un autre, mais aussi les esprits aériens
de la nature. Les tableaux sont autant de portes qui s’ouvrent vers un autre monde.
Il suffit de franchir le seuil de l’image, d’entrer dans la représentation, de pénétrer
dans les profondeurs d’un lieu sollicitant notre imagination et notre émotion.

Ce lieu, je l’appellerai Brocéliande, forêt légendaire où hêtres, aulnes, bouleaux,
chênes, pins et sapins s’entrelacent dans la pénombre d’un taillis traversé par
les brumes à l’heure du crépuscule. Cette Brocéliande ne se situe pas en Bretagne,
mais tout proche de nous, c’est la forêt des collines glânoises autour d’Ursy,
dans laquelle Giovanna et Henry se baladent volontiers après une bonne journée
de travail.

L’artiste nous facilite la visite de ce monde à la fois extérieur et intérieur par
toutes sortes d’astuces qui dirigent et stabilisent notre regard, comme les barres
blanches horizontales ou verticales, comme les coulures qui créent des passages,
commes les couches de papier collées l’une sur l’autre, qui matérialisent la troisième
dimension et contrebalancent une peinture tendant vers l’abstraction.
Le sentiment d’appréhension et d’inquiétude que l’on pourrait éprouver avant
de franchir le seuil du tableau fait place à une sérénité et une quiétude qui
apaisent nos troubles émotifs et calment nos esprits.

J’aimerais conclure avec une citation de l’auteur suisse Peter Stamm que j’apprécie
beaucoup pour son écriture discrète, posée et légèrement mélancolique. Une des
nouvelles de son tout dernier recueil porte le titre «Dans la forêt», et Stamm y
raconte l’histoire d’une jeune femme qui a décidé de vivre toute seule dans les bois.
«Dans la forêt, dit le narrateur, il n’y a ni futur ni passé, tout se déroule dans l’instant.
Il faut être extrêmement silencieux, disparaître, devenir invisible et inaudible».
Les tableaux de Henry nous invitent à vivre cet effacement tout en restant unis à
la nature.

Je vous remercie de votre attention.

© 2012 by Hubertus von Gemmingen

MM

MM


  • Galerie l’éclaircie Fribourg, exposition Giovanna Butty Croce

vernissage du 10 avril 2010
allocution de Hubertus von Gemmingen
.
.
Chers amis de Giovanna,

J’ai l’honneur et le plaisir de vous adresser quelques mots en guise d’introduction à cette exposition, et je tiens à remercier d’une part Monsieur Bernard Chassot, directeur de la Galerie Plexus, d’autre part l’artiste, Giovanna Butty Croce, de me donner la parole, non pour saupoudrer les œuvres exposées d’un édulcorant suave ou de les asperger d’un lait à l’amidon parfumé, mais pour vous donner quelques repères, quelques pistes, une interprétation possible parmi tant d’autres pour cette septantaine de céramiques et tableaux créés spécialement pour cette exposition.

«Il y a dans le monde des mesureurs et il y a des passionnés, a déclaré l’artiste Jean Dubuffet, il y a ceux qui comprennent l’art à la façon froide d’un théorème de géométrie et ceux qui l’éprouvent à la manière d’une émotion.» Je suis assez sûr que vous toutes et tous faites partie des passionnés et non des mesureurs ou arpenteurs même si ceux-là s’écrivent occasionnellement avec un t supplémentaire «artpenteurs».

Dubuffet qui a inventé le terme d’art brut est l’auteur d’une pensée à laquelle Giovanna attache beaucoup d’importance, et qui lui tient spécialement à cœur: «L’art ne vient pas coucher dans les lits qu’on a faits pour lui; il se sauve aussitôt qu’on prononce son nom: ce qu’il aime c’est l’incognito. Ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s’appelle.» Créer, c’est pour Dubuffet comme pour Giovanna un acte spontané et vital.

Spontané parce que ses œuvres ne sont pas le produit d’une longue gestation ni l’ultime état d’une série de tâtonnements. Vital parce que pour elle créer n’est pas un geste marqué par un savoir-faire routinier, mais un acte de présence, l’expression d’une aspiration vitale, une possibilité de nouer un lien direct avec le monde et la terre.

Le monde et la terre – voici les mots-clés pour les deux groupes de céramiques réunis dans les salles de l’éclaircie. Commençons, courtoisie oblige, par les dames du monde, ces êtres éblouissants qui nous frappent non seulement par la splendeur de leurs robes, mais aussi par l’embonpoint de leurs formes, des grosses femmes, diraient quelques-uns.

Par rapport aux autres dames du monde que l’artiste a façonnées ces dernières années, trois différences sont à relever. La première: les nouvelles dames du monde n’ont plus l’air hautain, cette allure de ne pas vouloir s’occuper du monde dont elles sont issues ou d’être meilleures que les autres. Cela est dû au fait que leurs visages ont perdu les derniers traits marquants, ils sont devenus lisses, une surface sur laquelle les spectateurs peuvent projeter leurs sentiments, leurs inquiétudes et leurs espoirs.

La deuxième différence: elles portent maintenant des robes plus riches, ornées de toutes sortes de décorations, ainsi que des coiffes ou coiffures volumineuses qui font penser aux princesses de Naples du XVIIIe siècle. Et la troisième différence? C’est que ces figures semblent de plus en plus danser; en agitant gracieusement les longues manches de leur robes, telles les dames japonaises du «Genji-monogatari», elle tournent en rond, comme au jour où elles sont venues au monde sur le tour du potier.

Avec ce mouvement circulaire les dames évoquent la forme sphérique, notre planète, les astres, le cosmos, mais aussi le cycle de la vie. Elles se fondent sur une conception matriarcale et mythique, un peu commes les «Nanas» de Niki de Saint Phalle avec lesquelles elles n’ont cependant pas grand-chose en commun. Par contre, on ne peut pas ne pas se rappeler les femmes felliniennes aux formes généreuses et parfois démentielles, surtout la fameuse vendeuse de tabac de Rimini, interprêtée par Maria Antonietta Beluzzi dans «Amarcord».

Mais laissons les fantasmes du metteur en scène italien pour aborder les «Gens de la terre» exposés dans la petite salle. Du grès dans un ton brun chaud, des formes simplifiées, stylisées, hiératiques, ressemblant à des idoles ancestrales, des gardiennes de la terre auxquelles se joignent pour la première fois quelques animaux, un cheval, des chats, un hibou.

Ces figures inspirées entre autres par l’art précolombien d’Amérique latine nous exhortent à prendre garde à notre environnement, à minimiser notre empreinte écologique. Elle semblent nous dire qu’elles accorderont leur protection à toutes celles et tous ceux qui tendent à la spiritualité, qui cherchent la placidité, qui aspirent à l’harmonie profonde de la nature.

Comme exemple, je ne cite que ce chat magnifique dont le corps forme un abri pour la personne qui ose traverser le rideau formé par trois poissons pour entrer dans un monde plein de calme, sans luxe, mais avec un brin de volupté. De toute évidence, on pourrait aussi constater tout simplement que chaque chat adore manger les poissons.

Finalement, j’aimerais diriger votre regard sur les tableaux. Avec ses peintures à l’acrylique, l’artiste passe des trois dimensions de la sculpture aux deux dimensions de la toile, du volume à la surface et du plan à la ligne. En abandonnant les ajouts plastiques qu’elle avait intégrés dans les tableaux antérieures, elle se concentre sur des formes aplaties, mais mises en perspective, des personnages simplifiés, réduits à quelques éléments qui ressemblent aux parties d’un corps masculin ou féminin.

Contrairement aux figures en céramique, elle cherche à les déséquilibrer, à les déstabiliser sans pour autant les faire tomber. Souvent elle esquisse un cadre intérieur qui les maintient dans leur état précaire tout en créant une protection contre l’extérieur régi par les arpenteurs, pour reprendre ce terme de toute à l’heure.

Sur un de ces tableaux on voit une figure de dos qui se contemple peut-être dans un miroir ou qui regarde par une fenêtre. Et il y a là une phrase, l’écriture étant un des éléments que Giovanna a toujours intégré dans ses peintures. Nous lisons: «Je n’ose plus te toucher». Est-ce l’artiste qui parle, qui déclare que son œuvre est achevée même si elle voulait encore changer un détail? Est-ce la figure qui parle à elle-même ou à quelqu’un qu’elle voit sans que nous l’apercevons?

Ou est-ce, et c’est là mon ultime proposition, le tableau lui-même qui parle, qui s’adresse à nous, les spectatrices et spectateurs, qui cherche le contact avec nous tout en nous laissant le choix de rester ou de partir.

Merci pour votre attention.

© 2010 by Hubertus von Gemmingen